dimanche 31 janvier 2016

Et si on parlait Savon ? #1


Du savon, mais surtout de la saponification à froid.

Un savon est un produit liquide ou solide composé de molécules amphiphiles - elles possèdent un groupe hydrophile (qui a une affinité avec l'eau) et hydrophobe (qui repousse l'eau) -  .
Ces molécules sont issues d'une réaction chimique que nous verrons.
Lors du lavage, le savon va dissoudre les graisses et emporter la saleté.
L'inconvénient est qu'il agit ainsi de cette manière sur le film hydrolipidique de la peau, qui a un rôle protecteur. C'est le cas de tout lavage.
Le savon a un pH basique (autour de 9).
Tout comme celui de l'eau, le pH d'un savon va donc jouer sur le pH de la peau, en le rendant plus basique.
Le pH de la peau se rétablit seul de manière assez rapide.
Le fait de surgraisser un savon va permettre de le rendre doux pour la peau, et de l'adapter à celle-ci sans l'assécher.
Ainsi, plus un savon est surgras, plus sa douceur est grande.

De l'origine 

D'après Pline, la découverte du savon serait due aux gaulois. Ceux-ci le fabriquaient avec du suif et de la cendre.
Le mot savon, que l'on trouve chez Pline et Galien, parait dérivé du terme allemand sepe.
Les romains continuèrent de le fabriquer de cette même façon et en diffusèrent l'utilisation.


De la saponification 
Il s'agit d'une réaction entre notre base forte : l'hydroxyde de sodium NAOH ( ou la potasse KOH)
et nos corps gras ( huiles, beurres..)
Cette réaction permet la fabrication d'un savon et de glycerol (glycérine)
Elle est lente mais c'est surtout une réaction exothermique (elle produit une forte chaleur) ; elle est totale : il ne reste plus de soude après saponification.

En gros le principe est le suivant :

Triglycérides + NAOH/KOH = CARBOXYLATE (savon mou ou solide selon KOH ou NAOH) + glycérol.

De la soude : 

La soude, toujours selon Pline, fut découverte par des marchands en Syrie. Cela étant, au 9ème siècle, Gebert la classifiait comme de même nature que la potasse.
La différence entre elles deux est établie par les travaux de Pott, Margraaf, Duhamel et Bergmann.
Sa présence dans les substances minérales est une découverte relativement récente et elle a été considérée, jusqu'en 1827, comme un alcali minéral avant d'être décomposée et reconnue comme un oxyde métal nouveau : le sodium.
Au 18ème, la soude est réalisée à partir d'eau de mer et de carbonate de sodium, ensuite remplacé par le procédé Solvay milieu 19ème.
Le développement de l'électricité permet de fabriquer la soude  à partir par électrolyse d'une solution aqueuse de sodium. La soude actuelle est donc fabriquée de manière éléctrochimique.
L'hydroxyde de sodium ainsi réalisé est un corps chimique NAOH.
Sa solution utilisée en savonnerie est aqueuse et transparente.

Données techniques de l'hydroxyde de sodium : 

Masse moléculaire : 40.00
N°CAS : 1310-73-2
Point ébullition : 1390°
Point de fusion : 318°
Densité : 2.1
Solubilité dans l'eau à 20°C : 109g/100ml
Non combustible, mais le contact avec l'humidité et l'eau peut produire suffisamment de chaleur pour enflammer les substances combustibles
En cas d'incendie à proximité, tous les agents d'extinction sont autorisés.
Eviter tout contact, inhalation et ingestion.
La substance peut augmenter le pH des étendues d'eau, en cas de déversement. Son élimination est réglementée. ( Cela étant, dans le cas du savon, la soude disparait totalement par la réaction avec les corps gras)
Stocker au sec, séparer des acides forts, métaux, alimentation.
Ne jamais verser d'eau sur la substance, mais l'ajouter progressivement à l'eau.

Des corps gras : 

Pour réaliser un savon, il est indispensable de disposer d'un corps gras : il peut être végétal ou animal.
L'utilisation des huiles date de l'antiquité.
Les huiles sont majoritairement à consistance onctueuse, gardant leur liquidité même à température relativement basse. Elles sont plus légères que l'eau (voir la densité sur les FT de vos huiles). Couleurs, odeurs peuvent varier.
Nous pouvons aussi utiliser des beurres, des cires..
Chaque corps gras à ses propres caractéristiques qu'il faut prendre en compte.

On parle en premier lieu de l'indice de saponification :

Cet indice correspond à la masse d'hydroxyde de sodium nécessaire pour saponifier nos corps gras.
Il fournit plusieurs éléments : le poids moléculaire, indications sur la composition des graisses..
Par exemple, les graisses à faible teneur en acide gras ont un indice élevé.
Cet indice peut varier selon la qualité de l'huile, si elle est raffinée ou non..
Pour cette raison, il est important de se référer à la fiche technique de notre ingrédient pour avoir un indice le plus précis possible.

De même les composantes de chaque huile vont jouer sur les caractéristiques de notre savon :

Une huile, un beurre, se décompose en différents acides gras : laurique, myristique, stéarique, palmitique, ricinoléique, oléique, linoléique, linolénique.. ; dont la structure  chimique diffère : saturé, polyinsaturé, différence de longueur de chaine carbonée...
Ces acides vont donner différentes propriétés au savon.

Par exemple :
Pour jouer sur la propriété détergente, on variera le % d'huiles et beurre contenant des acides gras à courte chaîne, et de l'acide laurique.
Pour jouer sur la dureté, on variera sur les % d'huiles contenants des acides gras saturés.
Pour jouer sur la douceur,  on variera sur les % d'huiles contenants des acides gras polyinsaturés (oléique, linoléique, linolénique)

Ainsi j'utilise : 


o  L'huile végétale de Coco (ou Coprah, de Babassu pour l'effet lavant, (attention d’ailleurs à ne pas avoir un effet détergent trop élevé)
o   40 à 60% de beurres ou huiles dures pour avoir une dureté satisfaisante (Coco, Karité, Cacao, Babassu, kokum…) sauf si je mets 60% d’huile d’Olive.
o   Coco, Babassu, Palme, Ricin pour la mousse
o   Abricot, Amande douce, Olive, Macadamia, Noisette, Argan, Ricin, Colza, Pépins de raisin, Coton, Chanvre, Sésame, Bourrache,.. pour la douceur
o   Karité, Cacao, Ricin pour le crémeux.

Et les autres savons ? 

Les savons du commerce : ce sont majoritairement des savons auxquels la glycérine a été retirée (souvent pour être vendue à part). C'est le cas par exemple de ce qu'on appelle les " bondillons" des savons issus d'une refonte, qui sont alors parfumés, colorés..
Les savons sans savon :  souvent conseillés pour les peaux fragiles, ils ne contiennent pas de savon. Ces "pains dermatologiques" sont en réalité réalisés avec des tensioactifs. Son avantage est que son pH est plus proche de la peau que les autres savons.

Pourquoi utiliser un savon issu de la saponification à froid ? 

- Il contient naturellement de la glycérine
- Malgré son pH, le surgraissage le rend plus doux pour la peau.
- Ce sugraissage vous permet de profiter des bienfaits des huiles et beurres végétaux utilisés.
- Il est totalement biodégradable et naturel
- Il est adaptable aux besoins des différentes peaux (plus ou moins détergent, plus ou moins doux...)
- Sa durée de vie est plutôt longue - on en utilise peu chaque jour. (point qui va dépendre de la dureté)
- C'est une méthode traditionnelle et utilisée par des artisans savonniers, qui connaissent les ingrédients utilisés et leur provenance.
- Il ne contient aucun conservateur.

Comment être sur qu'il s'agit d'un savon réalisé en saponification à froid, et comment le choisir? 

Sur ce type de savon apparaissent sur les étiquettes seulement les éléments suivants : 

  • l'INCI des huiles et beurres saponifiés 
  • La soude
  • La glycérine
  • Les éventuelles colorants 
  • Les éventuels parfums 
  • Les éventuelles HE.
  • Les éventuels allergène étiquetables 
Si vous y trouvez des termes type : Sorbitol, Propylene Glycol, EDTA (les tetrasodium en général), citric acid.. vous n'êtes très probablement pas dans un savon réalisé avec la méthode de la saponification à froid, mais sur un savon type "bondillon".

Personnellement, j'évite aussi les savons formulés à l'huile de Palme, n'en connaissant pas la provenance. 
Privilégiez un savon surgraissé autour de 8% minimum. 
Vous pouvez vérifier les colorants, qui doivent être indiqués. 
Concernant les parfums, c'est plus compliqué, cela étant, un artisan savonnier qui produit à froid, souvent biologique, avec des colorants végétaux ou minéraux n'utilisera que pas ou peu des parfums discutables, sous peine d'être incohérent. 



A plus tard pour l'épisode 2 qui nous fera rentrer plus avant dans la fabrication d'un savon ! 

A bientôt 
et n'hésitez pas à me suivre sur ma page Facebook : 
Vous pouvez aussi vous rendre sur l'évènement créé par Julia concernant la cagnotte et la création de la boutique ! 
Vous y trouverez des nouvelles exclusives.. 







Sources : 
http://www.cdc.gov/niosh/ipcsnfrn/nfrn0360.html
Le nouveau manuel théorique et pratique du savonnier, Thillaye
Az - dossier Saponification 
Je créé mes savons au naturel Leanne et Sylvain Chevallier 
wikipédia



8 commentaires:

  1. ton article est bien fait et j'y découvre des infos sur les origines! super travail, je t'en remercie :)
    Brigitte

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  2. Superbe article merci!
    Par contre il me semble bien que l'indice de saponification d'une huile ne varie pas si elle est raffinée, vierge ou même hydrogénée :-)

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    1. Merci :)
      Les indices ne sont pas fixes, ils vont varier mais c'est une toute petite variation, on a souvent des " fourchettes" pour l'indice. Ex de l'olive 0,136-0,139. On va souvent prendre un indice moyen sans données précises.
      Pour essayer de faire simple : la base forte va réagir avec les acides gras. Lorsqu'une huile est raffinée on va faire descendre le taux d'acides gras de l'huile. Donc, l'indice va varier.
      Cela étant, ça va dépendre de pas mal de trucs.
      En bref, le mieux est de regarder l'indice de saponification donné sur la fiche technique de notre produit.

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  3. Bonjour,
    Article top et qui vient à point!
    Je ne vais pas tarder à me lancer dans la saf. .. donc pour l'instant, je lis et je regarde des vidéos.
    Merci pour cet article :-)

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