vendredi 20 mai 2016

Cancérogènes, mutagènes et reprotoxiques.. Les CMR dans nos cosmétiques ?

On entend constamment parler de produits chimiques en tout genre dans nos cosmétiques.
Parfois, on va crier au loup, sans trop savoir le pourquoi du comment.
Nous sommes revenus sur les différents conservateurs, les phtalates, les perturbateurs endocriniens, le dioxyde de titane..
Aujourd'hui, penchons nous sur les CMR.

De quoi s'agit-il ? 

Les CMR sont des produits chimiques considérés comme :
- Cancérogènes
- Mutagènes
- Reprotoxiques  (toxique pour la reproduction)

Détaillons un peu. 

Un agent chimique cancérogène est dangereux à l'état pur, comme l'amiante, par exemple.. mais aussi la poussière de bois;  ou en mélange. Il peut provoquer l'apparition ou augmenter la fréquence d'apparition des cancers.
Un agent chimique mutagène, lui, induit des altérations de la structure ou du nombre de chromosomes des cellules. Cette modification peut elle aussi entrainer un cancer.
Un agent chimique reprotoxique peut altérer la fertilité, ou le développement du foetus. C'est le cas du plomb par exemple.

Les produits "CMR" peuvent pénétrer dans l'organisme par les voies respiratoires, la bouche et la peau.




Qui est concerné ? 

Fondamentalement, tous le monde : l'amiante, le plomb, la poussière de bois.. sont des CMR.
Dans les faits, on est particulièrement conscient des risques dans le monde du travail.
L'exposition professionnelle étant importante et continue...
Si elle est plus ou moins répandue, certains secteurs présentent des risques plus importants d'exposition.

On peut citer les suivants :

=> Bâtiment et travaux publics
=> Industrie ( métaux, verre, cuir, caoutchouc, pétrolière, bois, chimique, pharmaceutique..)
=> Agriculture
=> Laboratoire de recherches
=> Services de maintenance, nettoyage..
=> Chantiers de constructions ferroviaire ou navale...


Que faire ? 

Une démarche de prévention a été mise en place notamment dans le cadre du travail, afin de protéger au maximum les professionnels.
Il est donc IMPOSÉ de SUPPRIMER ou SUBSTITUER les agents chimiques dangereux... dès lors que cela est possible.
L'impossibilité doit être justifiée, prouvée, et "approuvée" par les instances règlementaires.


Quelle loi ? 

Le règlement de la Communauté Européenne " CLP " n° 1272/2008 "Classification, Labelling, Packaging" précise que les produits chimiques doivent être classés, étiquetés et emballés en fonction de leur dangers physiques, pour la santé et/ou l'environnement.
Il s'applique de façon obligatoire aux substances depuis le 1er décembre 2010 et pour les mélanges depuis le 1er juin 2015.


Classement des CMR

Les CMR sont classés en différentes catégories, selon leur degré de dangerosité et/ou selon ce que l'on en sait. ( il y avait auparavant 3 catégories, elles ne sont plus que 2)

Les produits CANCÉROGÈNES : 
Catégorie 1 : Le danger est avéré ou présumé pour l'être humain.
Cette classification s'effectue sur la base de données épidémiologiques ou issues d'études sur les animaux.
Cette catégorie peut être séparée en 2 parties :
1A : le risque est avéré et s'appuie sur des données humaines.
1B : le risque est supposé et s'appuie sur des données animales.
Catégorie 2 : Le danger est suspecté ; les études humaines ou animales n'étant pas suffisamment convaincante pour la classer en partie A.
Les produits MUTAGÈNES 
Catégorie 1 : La capacité d'induire des mutations héréditaires est avérée, ou à considérer.
Cette catégorie peut être séparée en 2 parties :
1A : le risque est avéré et s'appuie sur des données humaines.
1B : le risque est supposé, mais la transmission à la descendance n'est pas avérée et s'appuie sur des données animales.
Catégorie 2 : Le danger est suspecté, les substances sont considérées comme préoccupantes.
Les produits REPROTOXIQUES
Catégorie 1 : Substances avérées ou présumées toxiques.
1A : toxicité avérée qui s'appuie sur des études humaines.
1B : toxicité présumée, qui s'appuie sur des études animales.
Catégorie 2 : Toxicité suspectée avec des résultats qui ne sont pas probants mais laissent place au doute.




Et dans nos cosmétiques ? 

Les produits chimiques CMR sont interdits dans nos cosmétiques. 

Il y a certes une exception : les substances de catégorie 2 peuvent être employées à conditions d'avoir fait l'objet d'un avis favorable du CSSC ( Comité scientifique pour la sécurité des consommateurs).
Les substances de catégorie 1 peuvent être employées par dérogation à titre exceptionnel dans le cas où elles remplissent les conditions suivantes :
=> conformité aux prescriptions relatives à la sécurité des denrées alimentaires
=> il n'existe aucun moyen de substitution
=> usage particulier du produit, avec exposition déterminée
=> avis favorable du CSSC
=> mise en relation avec les autres sources possibles d'expositions
=> attention portée aux groupes de populations vulnérables qui pourraient être exposés au produit.

Les CMR n'apparaissent plus à ce jour dans la liste des substances interdites ; ces produits sont interdits en bloc.
Depuis le 1er décembre 2010, la mise sur le marché d'un produit cosmétique, que le produit soit commercialisé depuis une date antérieure ou ultérieure ( loi rétroactive, donc) est INTERDITE, dès lors qu'il contient une substance dont la classification en tant que CMR est applicable.
Les substances dont la date de classification en tant que CMR est antérieure décembre 2010 apparaissent cependant toujours sur la liste des substances interdites, ou soumises à restriction, tandis que celles postérieures ne sont plus indiquées.
Ce qui ne signifie pas leur autorisation, mais une interdiction de fait.

Il est de fait logique, que l'interdiction des CMR dans un produit cosmétique entraine l'interdiction des CMR dans un ingrédient cosmétique. 

Les CMR étant interdits dans les cosmétiques, la mention de leur absence n'est pas indiquée. 

Dans les faits que dois-je en penser ? 


Fondamentalement, un CMR, c'est un peu tout et rien.
Ces substances sont identifiées progressivement, étudiées et supprimées ou substituées, que ce soit dans le monde du travail, comme dans celui de la cosmétique.
Il est évident que finalement, n'importe quel produit peut être cancérogène
Fondamentalement, il s'agit de produits qui peuvent se fixer sur l'organisme, et dont on ne connait pas les réactions possibles, d'autant plus selon les interactions les unes entre les autres.

Je finirai par citer Rita STIENS, qui nous précise que les CMR qui sont " autorisées" devant être aussi alimentaires.. correspondent en fait à .... l'alcool et la vitamine E. 
C'est l'abus de ces produits qui les rend nuisibles ; un verre d'alcool ne donnera pas de cancer.
Comme bien dosé, il n'aura aucun effet sur la peau.
Il est donc nécessaire, lorsque l'on parle de ce type de produits de contextualiser, et s'il est important d'être prudent, il ne faut pas s'affoler inutilement.

Ni de crier au loup..
Je pense qu'Ésope sera d'accord avec ces propos...



En espérant que cet article vous plaise, n'hésitez pas à donner vos avis ! 


A bientôt !
Et n'hésitez pas à me rejoindre sur ma page Facebook : 







Sources :
ANSM
INRS
Substitution CMR
CNRS
STIENS
Observatoire des cosmétiques
Règlement CE
...

3 commentaires:

  1. En effet tout est question de dosage :-) même si je m'étonne encore de voir certains composés dans les INCI. Super article, merci !

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  2. pour ma part je ne pense pas que ce ne soit qu'une question de dosage, c'est aussi une question d'utilisation et de fréquence d'utilisation... cosmétiques ou autres

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  3. On ne parle pas de dosage dans ce sens mais de contextualisation :)

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