samedi 4 février 2017

La vérité sur les silicones


En cosmétique maison, et en cosmétique "raisonnée" on parle souvent des silicones.

"Hannnn du silicone, non !"

Au fait, pourquoi non ?Que lui reproche t'on ?




=> D'être occlusif
=> Son procédé de fabrication
=> C'est dangereux
=> On sait pas, mais on sait que c'est pas bien.


Perso, comme j'aime pas ne pas savoir je me suis renseignée..
Et voilà donc ce que j'ai trouvé.




Mais pour commencer, il faut revenir sur le cheveu.

Point sur les cheveux 



Les cheveux sont des poils : ils font partie du système pilaire.

Ils prennent naissance dans le follicule pilo-sébacé, à l’intérieur du derme.

D’où la production de sébum dont on parle lorsque les cheveux sont « gras ». Le sébum bien que souvent « critiqué » dans le cas des cheveux, a pour rôle de gainer celui-ci. C’est la surproduction qui va entrainer un « graissage ». Les cheveux font partie des poils que l’on dit « terminaux », « matures » car ils sont pigmentés, épais, et longs. Leur durée de vie se situe entre 2 et 7 ans ; la pousse est en moyenne d’environ 1 cm par mois. Le poil est composé de la cuticule, de l’écorce et de la moelle.


source : hairborist

Toutes les cellules sont emplies de kératine.
La kératine du cheveu est une protéine dure, riche en acides aminés ; la couche la plus kératinisée du cheveu est la cuticule.
On parle très souvent de la porosité du cheveu.
Dans les faits, il s’agit tout simplement de l’état de votre cuticule.
La cuticule, c’est une protection imperméable ; ce sont ces « écailles » que l’on voit au microscope. 













Si vous mettez votre cheveu dans un verre d’eau, et qu’il flotte, c’est que votre cuticule est intacte ; s’il coule, c’est qu’au contraire celle-ci est abîmée. Lorsqu’elle est abîmée, le cheveu devient poreux. C’est le cas par exemple des cheveux décolorés. En effet, la décoloration expose le « cortex » de votre cheveu. Ce cortex, donc, contient la kératine, et c’est sa pigmentation qui détermine votre couleur.
En bref, plus votre cuticule est abîmée, plus votre cheveu sera poreux.
Si par contre votre cuticule est en bon état, votre cheveu ne sera pas poreux.,
Ces deux points jouent effectivement sur la "pénétration" des produits 


La « pousse » se déroule en 3 étapes, que l’on appelle anagène, catagène, télogène :
  • ⇒  le cheveu pousse sur environ 3 ans
  • ⇒  La pousse s’interrompt avec une rupture de la liaison « bulbe – papille » ; cette
    étape dure environ 3 semaines
  • ⇒  Le cheveu mort est éliminé. Cette étape dure environ 3 mois. 
Un des points à retenir, c'est que votre cheveu est "biologiquement mort". 
Un autre point, c'est qu'il est plus ou moins perméable.

Le fait est que : 
=> les soins de vos longueurs agissent de manière "superficielle" : ils vont "pénétrer" jusqu'à un certain point et "combler" les "défauts" de la cuticule.
La "réparation" ne se fait pas sur le long terme si l'on oublie d'agir sur le cuir chevelu. 
Il ne s'agit pas vraiment d'une réparation, par ailleurs, mais plus d'une "minimisation" du problème et d'un "frein". 

Le terme "Occlusif"


Le Larousse nous donne les définitions suivantes : 

* "Relatif à l'occlusion d'un produit naturel"
* "Se dit d'un pansement étanche."

Pour occlusion, on trouve majoritairement la définition suivante : "Qualifie le fait de boucher, volontairement ou non une ouverture" 


L'occlusion en cosmétique "cheveu" :  

On utilise le terme pour des produits qui suite à une accumulation vont "boucher" définitivement le cheveu, même après plusieurs shampoings. 

Les Silicones 

Les silicones sont des composés chimiques.
Il s'agit de polymères dont la formule générale est [Si-(R)2-O]n où R est un radical organique 
(H, CH3, C2H5,…). 
Dans le domaine des cosmétiques, R=CH3 en général [3, 4].

Pour faire simple, ils sont synthétisé à partir de silice, par hydrolyse de composé chloré. 

Il existe 5 grandes catégories de silicone : 
=> Les huiles de silicones volatiles 
=> Les huiles de silicones non volatiles 
=> Les huiles de silicones modifiées 
=> Les cires de silicones 
=> Les gommes de silicones

Les huiles de silicone volatiles sont des polymères cycliques à chaînes courtes : type "Cyclométhicone" 
Par exemple : cyclotétrasiloxane (D4) et cyclopentasiloxane (D5)



Les autres sont des polymères linéaire à chaine de longueur variable.

Selon la longueur de leur chaine, leur utilité sera différente. 

Les huiles silicones volatiles ont la particularité de ne pas avoir le même "pouvoir occlusif" que leurs "consoeurs".


Toxiques, les Silicones? 

Différents tests in vivo (et oui..) ont été réalisés pour arriver aux conclusions suivantes : 

=> les silicones sont sans danger par inhalation. Dans de rares cas d'exposition très forte, on a vu une augmentation des poumons et du foie, augmentation réversible avec à noter chez les femelles (rates) des conséquences, là encore réversibles, sur les ovaires et les reins.
=> Par absorption cutanée, études réalisées in vitro et in vivo, avec des silicones purs. On retient une valeur d'absorption de 0,5% pour le cyclométhicone. 
=> Par ingestion : peu de cas probable et les essais ne montrent aucun signe de toxicité.
=> Le D4 (cyclotétrasiloxane) a été fixé comme repro-toxique de catégorie 3 (substance suspectée d'être toxique) 

Les Silicones D4 et D5, Noguera, Monographie, Université de Cosmétologie du Québec.

 Polluants, les Silicones ? 

Les silicones sont des substances chimiques dites "accumulatives" pour l’environnement et non biodégradables. 
Elles sont rejetées dans l’environnement par les industriels, mais aussi par les consommateurs. 
Le cas particulier des silicones volatiles pose la question de leur potentiel accumulatif. 
Le D4 et D5 s'évaporeraient dans l'air, et disparaitrait suite à une réaction physique en quelques semaines. Mais pour cela, il faut que ces silicones soient rejeté dans l'air, voir dans le sol. 
Quid des rejets dans l'eau ? 

Règlementation Européenne concernant les silicones 

Les silicones D4 sont classées repro-toxiques de catégorie 3 par le Scientific Committee on Consumer Safety.
Une substance se trouve dans cette catégorie lorsque des études in vivo ont montré des résultats ayant un effet indésirable sur la fonction sexuelle, la fertilité ou sur le développement. 
Ces critères sont définis par le règlement (CE) n° 1272/2008 du parlement Européen. 
En 2010, le Scientific Committee on Consumer Safety a considéré que l’utilisation des cyclométhicones dans les produits cosmétiques était sans danger. 
Cependant, il revient sur sa position en 2015 concernant les D5 : leur utilisation dans des lotions pour le corps ainsi que dans des sprays coiffants est considéré comme n'étant pas sans risque. 
Cette conclusion se base sur une concentration maximale en D5 dans ces produits autour de 90%, dose très supérieure à la moyenne. 
Les silicones D4 et D5 sont soumis à autorisation sous le réglement REACH.
(Pour en savoir plus, rendez-vous sur mon article sur les CMR)


Occlusifs, les silicones ? 



Le silicone se dépose sur le cheveu, et va l'enrober. Il comble les "défauts" de la cuticule, et forme une gaine. Les imperfections du cheveux vont alors disparaitre : aspect plus brillant, cheveux plus doux, plus facile à démêler, plus lisse. 
Le silicone va protéger le cheveux des agressions extérieures : brossage, lissage, séchage...
Ce que l'on appelle "occlusif" dans le cas des silicones c'est cette "gaine".

Il faut  prendre en compte : le type de silicone, la place dans la composition du produit, l'utilisation, la fréquence. Un soin occasionnel comportant des silicones volatiles n'aura pas d'effet occlusif.
=> Le type : 
Le dimethicone, un des premiers "silicone cosmétique" utilisé, a un effet conditionneur, de gainage, et de protection, il est "lourd", non volatile. 
Le cyclométhicone est un silicone plus tardif, volatile, plus " léger". 
Ce sont les deux que l'on voit le plus dans les shampoings.
On peut aussi citer l’amodimethicone, l’aminopropyl phenyl trimethicone.
Il faut aussi prendre en compte le fait qu'ils soient hydrosolubles ou non : le rinçage sera facilité le cas échéant, et l'accumulation est donc limitée.
Vous pouvez vous renseigner sur l'élimination des silicones.
Le dimethicone, bien que non soluble dans l'eau par exemple, s'élimine avec les tensioactifs suivants : SLS, SLES, cocamidopropyl betaine...
Le cylcométhicone et les PEG silicones s'éliminent avec des tensioactifs doux. 
=> La place : l'effet ne sera pas le même selon le pourcentage de silicone dans votre produit.
=>L'utilisation : si dans un shampoing, avec utilisation sur votre cuir chevelu, ou sur un soin, avec utilisation sur les longueurs.
=>La fréquence : évidemment, l'accumulation s'effectuera différemment sur une utilisation occasionnelle, mensuelle, bi-hebdomadaire, hebdomadaire, journalière... 


Cependant il vous faut noter :  tout actif, produit de soin agira de la même façon sur les longueurs : il viendra combler les dommages. Le cheveu ne se REPARERA pas, puisqu'il est biologiquement mort. 
Le problème du silicone n'est pas tellement le fait de "combler" puisque c'est fondamentalement le cas de tout soin, mais bien l'accumulation. 


A force, le cheveu va s'alourdir, se ramollir, devenir moche.. et bien évidemment, empêcher la pénétration d'autres actifs. 
Le fait est qu'un actif naturel s'éliminera plus facilement qu'un silicone, mais qu'un shampoing adapté éliminera aussi le silicone sur vos cheveux.
Les polymères cationiques réduiraient l'accumulation des silicones, tout en améliorant leurs propriétés. 

En bref, si vous allez chez le coiffeur est qu'il vous fait un soin, pas de panique : votre cheveu n'aura rien ! 
Un bon shampoing, et c'est parti. Et pas besoin de "shampoing clarifiant", il vous suffit d'utiliser le bon tensioactif. Le cocamidopropyl betain semble adapté dans presque tous les cas. Le problème est parfois la nécessité d'utiliser un tensioactif plus agressif.
Si vous le sentez, vous pouvez même tester l'ajout de cyclomethicone dans un soin, uniquement sur vos longueurs, à hauteur de 2%. (A vous de voir!)

Les Alternatives naturelles aux silicones. 

Il existe différentes alternatives au silicone : 
=> Le combo Isoamyl Laurate and Isoamyl Cocoate, qui regroupe de nombreux avantages des silicones, ainsi que la volatilité empêchant l'accumulation, et sans les inconvénients. 
=> Le silicone végétal, réalisé sur une base d'extrait d'algue rouge.
=> Le Coco silicone, "silicone like".
Comme dit précédemment, votre shampoing habituel empêchera l'accumulation de ces produits sur vos cheveux.




Alors, vous en pensez quoi ? 
A bientôt ! 
Charlie 








Sources : 
Michel, J.-M. Contribution à l'histoire industrielle des polymères en France.
Noguera, M. Les Silicones D4 et D5, Monographie, Université de Cosmétologie du Quebec. 
Journal of Cosmetic science
http://beautiful-boucles.com/les-silicones-sur-nos-cheveux-paranoia-ou-reel-danger/
http://lagazettecosmetique.typepad.com/la_gazette_cosmtique/2007/05/silicone_par_ci.html
Observatoire des cosmétiques.
Denovo
http://swiftcraftymonkey.blogspot.fr/
....

6 commentaires:

  1. dis donc je suis la seule a le lire ton article ?
    personne pour le commenter ? en tout cas il est super ! super bien écris et compréhensible ;) sauf quand tu abordes tes chaines longues courtes, la j'avoue je me perds un peu mais je n'y ai jamais rien compris a part une certaine utilité mais laquelle est la bonne ? ma foi !
    tu parles de porosité mais moi qui ai un cheveux poreux est ce qu'il faut que je les utilises ces silicones ou pas ?

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    1. Ah je ne vais pas te dire de les utiliser ;)
      En fait l'idée est là : si ton cheveu est poreux, c'est qu'il est abîmé ; donc fondamentalement, sur tes longueurs, tout soin réalisé va venir "boucher les trous". Les silicones comme les autres. Après, clairement, le potentiel accumulatif du silicone est plus problématique sur un cheveu poreux, que sur un cheveux non poreux, puisque sur ce dernier, il n'y aura pas de réelle "pénétration". Après, les alternatives naturelles sont très bien, et ne pose pas ce problème, tu peux donc les utiliser sans souci.

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  2. ça va faire bientôt 10 ans que je cosmète et donc presque autant que je n'utilise plus les produits du commerce. Donc pas besoin d'éliminer les silicones de mes soins :) Et depuis que j'ai découvert le coco silicone, je n'ai plus besoin d'AS, il a pour "mon cas" tous les bénéfices des silicones des shampoings conventionnels (rend les cheveux doux, et facilement démêlables), sans l'inconvénient de l'accumulation. Par contre, j'aurais préféré que l'on garde le nom de coco caprylate : le fait de mettre silicone dans son nom commercial le fait souvent bouder par les personnes qui se mettent au fait-maison pour justement éviter les produits siliconés, ce que je trouve dommage.
    En tout cas, comme d'habitude, ton article est très complet et très intéressant. Merci :)

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    1. Le "coco silicone" est clairement une excellente alternative.
      Il est vrai que l'apposition "silicone" que ce soit pour le silicone naturel, végétal, ou le coco caprylate est dommage, mais autant elle en rebute certain, autant elle facile la compréhension pour d'autres. De plus, "caprylate" entraine régulièrement une association avec le "caprylis". Mais, il est vrai qu'on devrait garder les appellations INCI ou à minima de labo "fabricant" plutôt que de partir toujours sur des noms commerciaux..
      Merci pour ton commentaire :)

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  3. Super article ! Il répond à beaucoup de questions que l'on peut se poser

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