L'interdiction des tests des ingrédients cosmétiques sur les animaux : Réalité ou Mensonge ?


Récemment, je faisais des recherches sur une marque de cosmétiques - dont je tairai le nom - et je suis tombée sur un article d'une bloggeuse expliquant qu'elle les avait contacté par rapport aux tests sur les animaux et qu'ils avaient été incapables de lui certifier l'absence de tests sur les ingrédients.
Ils avaient répondu en citant la loi pour les cosmétiques en eux-mêmes et en disant "dans la mesure du possible" pour les ingrédients.
La bloggeuse en question était énervée, se disant que cela signifiait qu'ils ne refuseraient pas d'utiliser un ingrédient ou qu'ils ne changeraient pas leur formule en cas de tests. 

Sans vouloir prendre la défense de cette marque, je pense qu'il y a eu là une incompréhension, que je souhaite vous expliquer aujourd'hui à travers une explication de la réalité sur les tests sur les animaux pour les ingrédients cosmétiques. 

Non, les lapins ne sont pas "juste" maquillés au pinceau.


Que dit la loi ? 

Les tests sur les animaux pour les produits cosmétiques sont interdits en 2004. 
Mais cela ne concerne alors pas les ingrédients, uniquement le produit fini.
Les produits cosmétiques testés sur les animaux sont interdits en Europe en 2013 ; cela concerne aussi les ingrédients.
En 2016 est réaffirmé le fait que si ces produits ont été testés hors des frontières européennes, ils ne pourront être vendus en UE. 
Je vous avais déjà expliqué tout ça et un peu plus dans mon article : Les tests sur les animaux dans nos cosmétiques 

Alors ou est le problème ? 

La loi n'est pas "retroactive" : les produits précédemment testés ne sont évidemment pas supprimés de la vente.
Autre problème : REACH.

"REACH est un règlement de l'Union européenne adopté pour mieux protéger la santé humaine et l'environnement contre les risques liés aux substances chimiques, tout en favorisant la compétitivité de l'industrie chimique de l'UE."

Voici une carte des tests sur les produits chimiques (en général) réalisés en 2017 pour enregistrement au programme.






Avec Reach, on a "obligation" de tester tout ingrédient qui aurait une autre utilisation que cosmétique. Un ingrédient qui serait de ménage et de cosmétique par exemple. 

Ces tests peuvent prendre différentes formes : 

"REACH vise à assurer un niveau élevé de protection de la santé humaine et de l’environnement contre les effets des produits chimiques dangereux. Il cherche un équilibre, c’est-à-dire à améliorer notre compréhension des dangers éventuels des produits chimiques, tout en évitant des essais inutiles sur les animaux. Pour en apprendre davantage sur les produits chimiques, il est parfois nécessaire d’avoir recours à l’expérimentation animale s’il n’existe aucune autre solution. Les déclarants ne peuvent réaliser de nouveaux essais que lorsqu’ils ont épuisé toutes les autres sources de données pertinentes disponibles.
Au titre du règlement REACH, les essais sur les animaux vertébrés (c'est-à-dire les rats, d'autres mammifères ou les poissons, par exemple) ne peuvent être utilisés qu'en dernier recours pour répondre à des exigences d'informations aux fins d'enregistrement."
"Reach encourage également des méthodes alternatives pour l'évaluation des dangers liés aux substances afin de réduire le nombre d'essais sur animaux."

Les tests sur les animaux doivent donc avoir lieu en dernier recours. Pour cela on utilise différents procédés : croisement d'informations, tests in vitro... 
On peut donc partir du principe qu'un ingrédient qui a été testé préalablement ne le sera plus puisque les informations ont déjà été récupérées. 

Pour exemple, choisissons un ingrédient  et réalisons une recherche : Le Sodium Lauryl Sulfate. 
En le rentrant dans ECHA, nous obtenons  (entre autre) les informations suivantes : 

*La liste des sociétés ayant enregistré le produit sur REACH et la date du dernier dossier reçu. 


*On va ensuite dans la case « toxicological information ». On en choisit un, par exemple, "acute toxicity : dermal" : on obtient la date et la liste des tests.  Ici on voit qu'ils sont effectués en 2012.






Dans la théorie, si le produit a été testé en 2012 et enregistré il ne doit pas avoir été re-testé depuis puisque REACH impose les tests sur les animaux en derniers recours uniquement avec notamment l'utilisation du croisement des données.
Dans certains cas, il est possible de trouver le fabricant qui a effectué les tests. 


Les entreprises ayant inscrit l’ingrédient à REACH post enregistrement avec tests, ne doivent pas – en théorie – avoir pratiqué ces tests pour l’enregistrement.



Photo @Sciences et Avenir

Finalement quelle solution aujourd’hui ? 


En tant que vegan, il était indispensable pour moi de pouvoir certifier l'absence de tests sur les animaux de A à Z pour mes produits. J'ai donc passé un temps fou à faire des recherches pour en arriver à différentes conclusions et solutions : 
*Utiliser des ingrédients réservés à la cosmétique, créés post date d’interdiction de tests sur les animaux, européens, et n’ayant pas de molécule préalablement testée.
Les nouveaux ingrédients ont presque systématiquement une base préalablement existante ; l'ingrédient n'a pas été testé, mais il se peut qu'une de ses molécules l'ait été à un moment donné de son existence. 
* Choisir du 100% naturel.
Ne pensez pas cependant que le 100% naturel permet l'absence de tests. 
Même si bien évidemment ils en diminue le risque, certains produits comme les huiles essentielles, considérées comme substances potentiellement à risques peuvent être inscrites au programme REACH. 

Par exemple, au hasard, l'huile essentielle de menthe poivrée qui a un dossier d'enregistrement. 




Aujourd’hui, certifier un produit Cruelty Free, ce n’est malheureusement pas forcément dire que l’ingrédient n’a jamais été testé,  c’est utiliser des ingrédients qui ne le sont plus,  et écarter certains fabricants.

C'est vérifier encore et encore les données sur les ingrédients.

Donc : On vérifie si le produit est encore testé. 
Si c'est le cas, il est écarté de nos formules. 
On vérifie ensuite s'il a été testé et on choisi un fabricant qui n'a pas effectué le test. 

Si on a de la chance, on a même un produit qui n'a jamais été testé. 

La certification Cruelty Free pour les ingrédients est donc soumise à une réalité temporelle : le fabricant sait que les ingrédients qu'il utilise pour ses cosmétiques ne sont - à ce jour - pas testés.


L’industrie cosmétique comme les petits fabricants sont bien conscients de ce problème. 
Nous aimerions un réel progrès de ce côté là, une réelle certification avec des preuves de la part des industriels et des fabricants. 
Malheureusement, aujourd’hui, nous devons très souvent croire en la bonne foi des fabricant, en effectuant des recherches de notre côté, en recoupant les données, et en utilisant l'obligation d'enregistrement dans ECHA : L'Agence Européenne des produits chimiques. 
REACH, qui nous fait un « croc en jambe » en permettant encore l’existence des tests est finalement aussi un bon moyen de se renseigner, puisqu’il nous donne une visibilité et un historique du produit.
Une MSDS, par exemple, pourra indiquer – devra indiquer – des tests sur les animaux mais n’en donnera pas la date. REACH, lui l’indique, ainsi que le fabricant ce qui permet à priori de dédouaner – ou non – le fournisseur que nous utilisons et donc de faire le tri, pour choisir des ingrédients non testés.


Bref, si l'industrie de la cosmétique avance concernant le problème des tests sur les animaux, des progrès sont encore à faire. 

Il nous faut accepter que si nous ne pouvons malheureusement pas effacer le passé, il nous est indispensable de mieux faire aujourd'hui. 




Et vous qu'en pensez-vous ? 
Voyez-vous des solutions ? 

A bientôt, 
Charlie 





Sources : 
Comprendre REACH/Essais sur les animaux dans le cadre de Reach - echa.europea.eu
Legislation UE

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